Au cœur de la forme photographique de Nina Medioni (1991) se logent la rencontre et le temps long. La photographe investit des lieux tantôt reliés à son histoire personnelle, tantôt inconnus. Dans son arpentage, l’appareil photographique se fait instrument : un boîtier pour consigner ce dont le territoire est traversé. Souvent, elle choisit le temps de l’été, dilaté, sans événement apparent, indolent. L’événement alors, celui par lequel l’image adviendra, c’est la rencontre. Pour la susciter, il y a la présence, inhabituelle dans ces environnements de l’appareil et la parole. Rien de surprenant alors à ce qu’on retrouve souvent dans ses projets photographiques des suites d’images, des portraits et des gestes pris dans un même espace-temps. Aucun des portraits d’une même prise de vue ne prévaut sur l’autre nous dit-elle alors. Elle les place sur la page, soucieuse de ne pas leur couper la parole ; à nous alors d’y lire la transcription des mots échangés avec ce jeune garçon du Prépaou, petite ville résidentielle du Sud de la France. Récemment, elle réalise en Israël, Le Voile (2019-2022), un projet photographique de plus grande ampleur. Elle y arpente alors un territoire familial lointain, non familier et cherche par l’entremise de la photographie et du portrait à tisser un lien jusqu’ici inexistant. L’appareil est alors un espace-limite, où tenter la rencontre avec les membres d’un pan de sa famille qu’elle ne connaît pas, appartenant à une communauté juive orthodoxe. L’image photographique consignera ici la tentative de confrontation, la réussite fugace ou l’échec. Le plan de la photographie d’incarner alors le seuil sur lequel photographe et photographiés se tiennent. Récemment encore, elle réalise Le Chalet(2022), un film court sur une mystérieuse maison du XIXe arrondissement de Paris, habitée par son oncle. Les rencontres avec les habitants, jeunes et vieux, du quartier, les dialogues brefs ou répétés font émerger les contours d’un « chalet » planté sur le boulevard, qu’elle prendra soin de toujours laisser dans le contre-champ. Chez Nina Medioni, prise d’image par la photographe et prise de parole du photographié sont décidément parties liées.