L’art des jardins ou l’art de penser (l’art) autrement

Guy Tortosa

17 septembre 2026

Traditionnellement considéré comme mineur dans l’histoire des arts, relevant de pratiques populaires aussi bien que savantes, l’art des jardins est un art dans lequel se produit depuis la nuit des temps la synthèse de tous les arts et de tous les sens. Dans les jardins les hiérarchies entre le goût, l’odorat, l’ouïe, le toucher et la vue n’ont pas lieu d’être en effet. Le corps et ce qui l’entoure, l’habitat terrestre et jusqu’au ciel étoilé, forment un seul espace d’inscription rétif aux distinctions. Dans l’art des jardins, le modèle n’a pas à mourir pour exister en tant que représentation. La chose peut-être à la fois présente et représentée. Comme dans le paysage, le regardeur qui est aussi un promeneur, est dans le tableau. Art de l’ouvert donnant lieu à une redéfinition ou dé-définition du « ready-made » au prisme par exemple du « jardin planétaire » conceptualisé par Gilles Clément, l’art ou le non-art des jardins donne à voir des images fixes et en mouvement, des dessins, voire des photographies, dont une proportion non négligeable est produite sans l’homme, par le « génie naturel » (les éléments, les animaux, la photosynthèse…)

En égrainant des exemples d’œuvres empruntés à des créateurs, volontaires ou involontaires, humains ou non humains, je voudrais donner à partager mes intuitions, et, avec l’aide de quelques reproductions, inviter à nous interroger : un autre art est-il possible ?

Guy Tortosa est critique d’art et commissaire d’exposition. Spécialiste d’art public et d’art des jardins, il a dirigé entre autres le FRAC des Pays de la Loire et le Centre international d’art et du paysage de Vassivère en Limousin et a accompagné à leurs débuts, des artistes orientés écologie et des créateurs de jardins tels que Lothar Baumgarten, Michel Blazy, Thierry Boutonnier, Gilles Clément, Suzanne Husky, Fabrice Hyber ou Erik Samakh, et soutenu de même des créateurs du domaine de l’image tels que Dove Allouche, Thierry Fontaine, Valérie Jouve, Louise Lawler ou Jean-Luc Moulène. Il a coordonné en 2023 un numéro spécial « Création artistique et urgence écologique » de la revue Culture & Recherche.