HÉLÈNE BELLENGER

Frutescens 2024

Si un outil était à associer au travail d’Hélène Bellenger, ce serait non l’appareil photographique mais un de ces instruments fins et précis du légiste, tant l’artiste s’applique au fil de ses travaux à disséquer les ressorts d’une imagerie de la beauté parfaite et de ses paradis artificiels. Préférant l’acte de collecte et de transformation à celui de prise de vue, elle s’approche d’images inertes, hors d’usage. Pour Dazzled project, elle recueille sur le net un ensemble de visages oblitérés par un éclair —forme désormais fameuse du selfie au flash dans le miroir—, formant une sorte de soleil numérique qui contamine l’image et empêche le portrait. Autre collection, celle de publicités pour anxiolytiques et antidépresseurs issues de revues spécialisées, qu’elle assemble en frise pour exposer la litanie de visages crispés et de slogans en forme d’injonctions au bonheur. Plus tôt, dans Right color, elle détourne un ensemble de revues, affiches et photogrammes issus de bobines de films des années 1920 à 1950 figurant des actrices et vient ranimer le maquillage qui leur était appliqué pour reconstruire leur visage et modifier sa plastique pour l’écran noir et blanc de l’époque. Avec son récent Bianco ordinario, ses torses d’Apollon et bustes de Vénus, elle poursuit son archéologie des canons de la beauté. Elle relie, par un jeu de superposition de formes et de supports, le temps géologique des carrières de marbre de Carrare, son extraction au temps de l’Antiquité pour la sculpture et l’extraction contemporaine massive de la poudre de marbre pour blanchir notamment les emballages de nos produits de cosmétique et d’entretien. L’ensemble décline une collection de cartons d’emballages dépliés sur laquelle l’artiste imprime images de bustes antiques et paysages des carrières. Elles seront elles-mêmes vouées, en retour, à être extraites de leur support par l’acidité de la poudre de marbre contenue dans le carton, lavant « plus blanc que blanc ». L’histoire et la fortune du concept occidental de blanchité sont au cœur du travail que l’artiste développe actuellement dans le bassin méditerranéen.

Hélène Bellenger (1989) vit et travaille entre Marseille et Paris. Après des études en droit et en histoire de l’art, elle se spécialise en photographie et sort diplômée de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles en 2016.

Bianco Ordinario a été soutenu par l’Aide à la Création 2021 de la Drac PACA et produit au Centre photographique Île-de-France dans le cadre de la résidence de recherche et post-production 2022-2023.

L’artiste remercie Isabelle Carta, Roland Carta, Centre Photographique d’Ile-de-France, Nathalie Giraudeau, galerie Marguerite Milin et Francesco Biasi.

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