Dans le cadre de sa participation à la plateforme FUTURES, le Centre photographique Rouen Normandie a construit le programme Frutescens. Dédié à la scène photographique française, il vise à soutenir ses auteurs et autrices et accroître la circulation de leurs travaux à l’échelle européenne. Leur sélection procède de nominations faites par des personnalités issues du monde de la photographie choisies pour leurs regards et perspectives complémentaires sur la création photographique. Œuvrant en France dans le champ des galeries, de l’édition, des foires et salons et encore photographes, les précédents lauréats étant eux-mêmes invités à proposer des artistes, ils et elles ont une connaissance approfondie des artistes et des enjeux de la création photographique contemporaine. La consistance et la maturité des travaux engagés ainsi que l’à-propos du moment dans leur parcours ont guidé nos choix et nous ont amené à sélectionner cette année Hélène Bellenger, Rebekka Deubner, Léonie Pondevie et Rebecca Topakian.
À les rencontrer, la rigueur de leur travail – entendu au sens de l’œuvre que chacune développe autant qu’au sens du labeur constant qu’elle fournisse aux fins qu’elle advienne – frappe. Pour chacune, le temps de la recherche et de sa maturation, de la rencontre et de ses imprévus fonde leur création. Charpentées par le protocole et la méthode, leurs œuvres n’en sont pas moins poreuses et souples. Elles se laissent traverser par le vent du doute, parfois jusqu’à perdre le plan pour mieux y revenir ensuite. L’expérience personnelle est centrale et toujours, transformée : chez Léonie Pondevie, l’attention d’un père pour la météorologie devient point de départ pour une exploration de notre rapport à la mesure du climat ; chez Rebecca Topakian, l’histoire familiale morcelée est le point de contact avec le passé et le présent d’un trauma collectif ; chez Rebekka Deubner, le corps, le sien, et ceux des êtres aimés est le point de chute où se reposent et se régénèrent les représentations de la perte, du désir, de la féminité, de la masculinité ; chez Hélène Bellenger, la collecte et le recyclage d’images d’archives et de matériaux hors d’usage sont le point d’ancrage d’une relecture de notre culture visuelle. Si les matériaux et les techniques empruntées diffèrent, ce que chacune construit, patiemment, solidement, ce sont des édifices de mémoire, qu’elles nous proposent de visiter.